Trithème est de sortie

Emmanuel Licht nous parle de son nouveau livre, Trithème le maître des clefs, dont la sortie est annoncée pour fin janvier.
« Emmanuel Licht se consacre à l’étude. des archétypes qui structurent les mythes et les religions, ainsi qu’à leurs résonances dans les sciences traditionnelles, notamment la kabbale et l’alchimie. La notion de temps cyclique et ses implications philosophiques et scientifiques constituent un axe central de ses recherches. De formation scientifique, titulaire d’un certificat en deep learning et sciences computationnelles, il est par ailleurs l’auteur de nombreuses publications et d’essais consacrés à Dante et Paracelse. »
L’ouvrage est en vente, au prix de 25 € (+ les frais d’envoi). Les adhérents bénéficient d’un tarif réduit pour un exemplaire numéroté et signé de l’auteur.
Trithème, le maître des clefs, format 13,5×21 cm, 450 p., couverture illustrée par Jean-Michel Nicollet.
Interview d’Emmanuel Licht
Le Collège des Temps :
Après Dante, le rêveur éveillé, tu consacres un ouvrage majeur à une figure incomprise de la Renaissance : Johannes Trithemius, abbé bénédictin, érudit, cryptographe et codeur de langage. Pourquoi maintenant ?
Emmanuel Licht :
En étudiant les œuvres de Dante et de Paracelse, j’ai découvert qu’il y avait un épicentre que l’on contourne trop souvent : Trithème. Avec Trithème, le Maître des Clefs, j’ai tenté de mettre en évidence le point de bascule qu’il représente dans l’histoire de la pensée occidentale. L’érudit et ésotériste Pierre Vincenti Piobb, auteur de La Clef des Sciences secrètes, écrivait que cet abbé était un Maître de la Tradition, tout en précisant que le temps de comprendre pourquoi n’était pas encore venu. C’est en travaillant sur Paracelse que j’ai compris que l’abbé de Sponheim était bien plus important qu’on ne le pensait. Et que ce moine discret, qui avait passé sa vie dans les bibliothèques (comme J. L. Borgès, près de 350 ans plus tard), constituait un axe central de traditions anciennes. Grâce à Philip Neal, qui m’a donné gracieusement l’accès aux textes latins et anglais qu’il avait collectés et archivés, j’ai pu relire, traduire et utiliser de nombreuses lettres ainsi que son autobiographie, Nepiachus. J’en propose une exégèse, la confrontant aux autres correspondances. Je dois dire aussi que, sans le regretté Jean-François Lecompte, ce livre n’aurait pas été le même. Les pistes qu’il m’a indiquées m’ont permis d’emprunter des chemins insoupçonnés.
Le Collège des Temps :
Pourquoi ce saut surprenant de Dante à Trithème ?
Emmanuel Licht :
En réalité, il n’y a aucun saut. Il y a une stricte continuité : un fil d’or les relie. Chez Dante, le Verbe structure le réel. Le langage n’est pas un outil : il est une architecture. Trithème apparaît précisément au moment où cette architecture commence à se fissurer. Il hérite de ce monde, mais il comprend que quelque chose est en train de se perdre. Alors il agit avec méthode. Mon travail sur Dante portait sur le rêve éveillé, la vision opérative, le langage comme moteur ontologique. Trithème pose exactement la même question, mais dans un autre contexte : que devient le Verbe quand le monde se rationalise ?
La stéganographie, la cryptographie, les alphabets cachés, la géométrie sacrée chez Trithème ne sont pas des jeux. Ce sont des stratégies de survie du sens des choses.
Le Collège des Temps :
Trithème, c’était qui ? Un moine, un mage, un théologien, un précurseur des sciences computationnelles ?
Emmanuel Licht :
Il était tout cela, mais aussi l’un des premiers à comprendre que le monde est un système de transmission. On l’a caricaturé en magicien sans chercher à comprendre ce qu’il faisait. Il travaillait sur les structures invisibles du langage, sur la circulation de l’information, sur la médiation entre l’invisible et le visible. Quand Trithème parle d’anges, il parle déjà de fonctions. Quand il parle de secrets, il parle de niveaux de lecture. Quand il parle d’alphabets, il parle d’architectures mentales.
Le Collège des Temps :
En quoi sa doctrine nous concerne-t-elle aujourd’hui ?
Emmanuel Licht :
Nous vivons ce qu’il avait pressenti : un monde gouverné par des systèmes, des codes, des couches invisibles, sans toujours en comprendre le sens.
Le Collège des Temps :
Pourquoi consacrer quatre cent cinquante pages à cet abbé méconnu ?
Emmanuel Licht :
Faire découvrir Trithème. La plupart des gens, même les plus initiés, ne le connaissent pas ou peu. Certes, il existe d’autres figures majeures, mais Trithème est un point de passage obligé. On présente la Renaissance comme un âge de lumière naïve, précédant le Siècle des lumières. Or, la Renaissance est une époque de renouvellement de la conscience de la configuration du monde, d’une richesse considérable. Trithème démontre que le monde est encodé et s’organise par couches de médiation. Ce que nous appelons aujourd’hui information, réseau, calcul, abstraction, Trithème en perçoit la matrice. Il comprend que le langage ne décrit pas seulement le réel : il le produit, il le structure, il le dirige. Mon travail repose sur des documents difficilement accessibles : correspondances rarement traduites, lettres relues et analysées à partir de la structure du langage et de la symbolique des nombres. Trithème n’est pas derrière nous, il est devant.
Le Collège des Temps :
Si vous deviez résumer votre livre en quelques mots ?
Emmanuel Licht :
Ce n’est ni un manuel, ni un roman déguisé. C’est une porte qui donne accès à des initiés en amont, Raban Maur, Ramon Llull, entre autres ; et en aval, Paracelse, Agrippa, Goethe, à titre d’exemple. On peut citer également la franc-maçonnerie, la rose-croix, le martinisme. Bien que nombreuses sont les sociétés initiatiques qui, ignorant l’existence de Johannus Trithème, développent, parfois sans le savoir, ce qu’il avait théorisé.
Le Collège des Temps :
Est-ce un livre de transmission ?
Emmanuel Licht :
Oui. Mais on peut le lire à plusieurs niveaux. On peut aussi s’y perdre un peu. L’histoire se répète, les signes s’enchaînent. Une chaîne d’or, faite de nombres et de figures, relie tous ces initiés à travers les siècles.
Le Collège des Temps :
Trithème, le Maître des Clefs n’est donc pas seulement un livre sur notre passé ?
Emmanuel Licht :
Non, bien sûr. C’est une tentative pour réanimer dans notre siècle un exceptionnel penseur de la Renaissance. Trithème traite les mots comme des vecteurs, comme des entités numériques mobiles. Il perçoit le principe de toute forme de transmission : le sens n’émerge pas d’un symbole figé, mais de sa position dans un flux. Par isomorphisme, son œuvre est vivante. Les structures ne meurent pas.
Le cercle se referme, partant du grimoire crypté au modèle computationnel ; de l’ange médiateur au neurotransmetteur ; de la transmutation alchimique à la plasticité synaptique ; de la Steganographia au connectome. Même structure, autre vocabulaire. Et dans cet écho à travers les siècles, une certitude s’impose : qui tient la clé du temps tient la clé du monde.
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Le Collège des Temps est le site de l’association « Les Portes de Thélème« . Il recouvre toutes les informations relatives à cette association et notamment les rencontres et leurs publications sous le nom de « Les Rencontres de Berder« .
Nous remercions tous les participants des Rencontres de septembre 2025 à l’Abbaye de St-Jacut-de-la-Mer, dans les Côtes-d’Armor. Toutes les conférences ou leurs extraits sont mis en ligne au fur et à mesure de leur parution en attendant l’édition de la brochure. Tout adhérent recevra ce document gratuitement.
Les prochaines Rencontres de Berder auront lieu à l’abbaye de St-Jacut de la Mer (22750) du 11 au 13 septembre 2026. Le thème devrait être Utopie / dystopie.

