Don Quichotte comme voie d’éveil

Image : Don Quichotte et Sancha Panza, gravure de Lima de Freitas reprises de la très belle édition du Dom Quixote de la Mancha dans la traduction de José Bento, Lisbonne, Relógio D’Água.

Rémi BoyerDon Quichotte comme voie d’éveil – Éloge de la Chevalerie errante.
Rencontre de Berder septembre 2025.

Don Quichotte est tout à la fois un personnage populaire, présent peu ou prou dans nos imaginaires, et le compagnon de route de tout individu qui s’engage résolument dans une queste initiatique. Nous devons à Dominique Aubier (1922-2014) une remarquable exégèse, principalement kabbalistique, mais pas seulement, du Don Quichotte de don Miguel de Cervantes de Saavedra (Alcala de Henares, 1547-Madrid, 1616) et à Charles van der Linden d’Hooghvorst (1924-2004) une exégèse alchimique tout aussi érudite et pertinente de ce livre parmi les plus traduits et publiés au monde.

 Nous nous proposons ici de porter un troisième regard traditionnel sur cette œuvre magistrale, celui des voies d’éveil. En effet, il nous paraît d’évidence, après plusieurs lectures du livre, que parmi tout ce que le texte peut dire à un enfant comme à un érudit, il s’adresse aussi et peut-être avant tout, malgré les apparences, à ceux qui entreprennent, à leurs risques et périls, le voyage initiatique qui fonde les traditions de tous les continents, à condition toutefois de se souvenir de cet avertissement que m’a donné un jour Dominique Aubier et qu’elle répétait avec raison et passion : « Le Quichotte ne veut plus que l’on rit de lui ». Joséphin Péladan avait déjà averti : « La gloire de Cervantès brillera d’un nouvel éclat, le jour où, après rire, quelqu’un découvrira que sa Comédie humaine est, philosophiquement, la Bible du Pessimisme.»


Il ne s’agit pas de restituer la vie pleine de rebondissements et d’imprévus de Cervantes ni même la genèse de son œuvre majeure mais de naviguer sur l’océan des mots pour découvrir où il nous conduit et par quelles voies, pour traquer ce qu’il révèle. Si l’Université présente souvent le texte comme une critique de la chevalerie par une parodie de ces romans de chevalerie encore à la mode à la fin du XVIe siècle, nous considérons plutôt que l’ouvrage défend et exalte la chevalerie initiatique, usant, parfois abusant, du principe hermétiste du renversement dionysiaque qui veut que l’on dénonce, ou que l’on moque, ce que l’on promeut. Si Cervantes dénonce bel et bien les surenchères romanesques trop présentes dans les romans de chevalerie c’est pour réaffirmer la valeur intrinsèque de la chevalerie comme idéal, comme art de vivre et comme ordre immuable. Cervantes, comme Rabelais, écrit « à rebours».

Derrière le comique, ce sont tous les principes et les nuances d’une chevalerie comme voie d’éveil qui émerge depuis l’Imaginal. La première partie, burlesque, relève de la voie du blâme oumalâma, dans sa version « extravertie ». Sancho Panza comme Don Quichotte, quoique ridiculisés en maintes occasions, ne cessent pourtant de se libérer des entraves du moi. À force (et « à farce ») de se retrouver nus face à autrui comme face à eux-mêmes, le lâcher prise s’impose naturellement. 

Dans la deuxième partie, la dimension comique devient secondaire, Don Quichotte et son disciple-écuyer Sancho, affirment de plus en plus leurs qualifications et, surtout pour Don Quichotte, une réelle profondeur de vue et de pensée, une réelle maîtrise, une sagesse, certes décalée, qui rappelle celle des moines fous des nombreuses traditions de tous les continents. Nous passons du blâme à l’éveil…..

Vous pourrez lire la suite dans la brochure Les comptes rendus de Berder 12-14 septembre 2025, dès sa parution 




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