Biographie de Jean-Charles Pichon

Berder 2008 – présentée par François Mazel et Marie-Chantal Narceau

Biographie de Jean-Charles Pichon

Poète, écrivain et mythologue

1920 – 2006

Jean-Charles disait volontiers qu’il fallait attendre qu’un homme meure pour que l’on puisse comprendre le sens de sa vie et de son œuvre. Deux ans après la mort de Jean-Charles il est temps de cerner sa vie.

Une vie qui pourrait somme toute passer comme assez commune, mais qu’il a transfigurée d’une manière hors du commun. Aujourd’hui, il est clair que de l’enfant solitaire au vieillard monastique, du jeune homme qui veut conquérir la capitale à l’homme qui la fuit, de l’adolescent d’un seul amour à l’homme à femmes, de l’autobiographe à l’historien, de l’onaniste au sado-masochiste, du poète au mathématicien, du dramaturge à l’alchimiste, du mythologue au créateur de « machines universelles » (on pourrait dire de l’ADN aux nébuleuses), la vie de Jean-Charles se construit, parfaitement centrée, autour d’une œuvre qui, aussi complexe semble-t-elle, est d’une parfaite cohérence et simplicité pour l’auteur entré dans l’évidence à la fin de sa vie.

Dans ce cadre, il paraissait souhaitable de débuter cette « rencontre » par une première tentative de biographie, sachant que le constant aller-retour entre sa vie et son œuvre rend ce travail passablement délicat. Il faudra sans doute un peu de temps pour en faire le tour. Mais il est certain que l’œuvre de Jean-Charles débouche aujourd’hui sur de réelles perspectives. Une œuvre fondamentale qui sera considérée comme l’une des œuvres les plus importantes de son époque, la deuxième moitié du XXe siècle. L’œuvre d’un passeur qui a bâti un pont vers le troisième millénaire et le Dieu à venir, le Dieu de liberté.

Cette biographie a été établie à partir des ouvrages suivants :

  • Reliefs pour la période de sa naissance jusqu’à l’âge de 16 ans (année 1936)
  • L’autobiographe, pour les années 1937 à 1945, de 17 à 25 ans
  • Un homme en creux, pour les années 1946 à 1958, de 26 à 38 ans

À partir de 1958, la biographie est un collationnement chronologique des œuvres entre lesquelles ont été intercalés les grands faits marquants de sa vie, tels que recueillis par ses proches et certains documents administratifs.

D’autres ouvrages peuvent être consultés, comme La Vie impossible, La Terrasse du Dôme, Le Rêveur rêvé, ou les textes parus dans Les Lettres Nouvelles et la Revue de Poche, également dans ses derniers écrits, comme Le 15 à Limoges. Ils complèteront au fur et à mesure de leur lecture ou relecture cette présente biographie.

La bibliographie des œuvres de Jean-Charles ne tient pas compte des nombreux poèmes (+ de 500) non publiés, ni de tous les articles, ni de la plupart des conférences et séminaires auxquels il a participé.

Les cinq premières années

Jean Constant Charles Marie Pichon naît au Croisic (Loire-Atlantique) le 14 août 1920 chez ses grands-parents maternels.

Après un accouchement difficile, il arrive dans la vie, étouffé par le cordon ombilical. Ses grands-parents qui craignent « ses convulsions » laisseront libre court à toutes les fantaisies de l’enfant et se laisseront  « mener par le nez ».

Les parents habitent Saint-Nazaire, son père Jean est comptable avec des revenus modestes. Le père étant atteint de tuberculose, l’enfant est confié à ses grands-parents au Croisic où il y restera jusqu’à l’âge de 5 ans.

Époque bénie, il en gardera le souvenir éblouissant toute sa vie. Son grand-père, le père François lui apprend à lire, à écrire et lui fait découvrir les contes, les légendes celtiques, mais aussi la rigueur et la morale chrétiennes. Dès 4 ans, l’enfant vagabonde librement dans le jardin mais également aux abords de la maison et sur la côte avec sa chèvre Biquette et son chien-loup Ranavalo.

Trois phrases formeront son esprit, écrit-il dans Le 15 à Limoges :

« Fais ce que tu fais,

Qui trop embrasse mal étreint,

La liberté de chacun commence où commence celle des autres ».

De cinq à 9 ans

En 1925, son père rétabli, Jean-Charles quitte Le Croisic pour la ville de Saint-Nazaire.

C’est l’« arrachement à l’Eden du jardin de la maison du Croisic » et la découverte de la ville grise. Il décrira dans Reliefs cette période et les 2 enfances, celle du Croisic ou l’Eden et celle de la ville ou l’Enfer, enfances qu’il compare à celles d’Edgar Poe.

Il entre à l’école en octobre 1926, ne reste que peu de temps au cours préparatoire puis entre au cours élémentaire première année (10ème) du collège Aristide Briand.

En octobre 1928, il quitte le collège pour le lycée St Louis, école religieuse bourgeoise et chic de Saint-Nazaire.

C’est un excellent élève, en avance sur l’ensemble des autres enfants de sa classe. Mais il reste solitaire et n’est pas aimé des autres élèves.

Lors des vacances, il retourne au Croisic et, dans le jardin, il s’adonne avec sa cousine Marthe, de quatre ans sa cadette, au théâtre dont il est l’auteur, le metteur en scène et l’acteur de ses pièces.

À 9 ans, il découvre la poésie lors d’un cours de français.

L’année terrible de ses 10 ans

À St Louis, l’année de la 6ème, une succession d’événements vont marquer sa vie, en lui découvrant l’injustice et en lui révélant le pouvoir du mensonge et de l’imposture.

Événements difficiles pour un enfant de 10 ans :

Une sanction non méritée en fin d’année scolaire, avant l’entrée en 6ème,

Un mensonge « idiot » après la falsification d’un carnet de notes (transformation d’un zéro en sept) et la découverte du sadisme chez un professeur tortionnaire,

La punition que reçoit ce professeur après l’avoir persécuté pour lui faire avouer la faute commise : ce professeur deviendra fou et sera renvoyé,

La peur du pêché mortel, état dans lequel se trouve Jean-Charles à la veille de sa communion,

Puis l’aveu de son mensonge et la perte de la confiance qu’avaient ses parents en lui, l’enfant « qui ne mentait jamais ».

L’adolescence jusqu’à 18 ans

Conscient de l’hypocrisie mensongère tolérée et même pratiquée par le système en place qui récompense les fautifs et condamne les justiciers, il ne croit plus aux vertus sociales.

À partir de ce moment, il devient un élève médiocre, puis se désintéresse des études, mais se forme à la lecture des grands auteurs et se cherche une voie. À partir de 13-14 ans, il commence à écrire et écrira dorénavant tous les jours de sa vie

Ayant raté son bac (poésie pendant les épreuves), il s’inscrit à la faculté de droit de Rennes, où il y reste 2 ans sans assiduité. Il a également le désir un moment de devenir moine et fait une retraite à l’abbaye de Solesmes. Lors d’un voyage à Paris pour retrouver une amourette de vacances, il y découvre la misère.

À 17 ans, il commence à se faire publier dans des journaux locaux et a une première expérience journalistique dans une revue de La Baule : La  Mouette.

Les années de guerre

À 19 ans, il s’engage dans la marine en septembre, à la veille de la déclaration de guerre et à l’arsenal de Rochefort, Il crée une troupe de théâtre.

Lors de la débâcle de 1940, il échappe aux Allemands, et travaille quelques mois à Nantes dans l’imprimerie de son oncle Lecrocq.

Il a tout juste 20 ans. Il s’inscrit au conservatoire de Nantes et y rencontre Alice (Marie Jeanne) Leray, actrice régionale en vue et se marie quelques mois plus tard.

Il est subjugué par la force qu’elle dégage ; bien que petite et menue, elle rayonne. C’est le coup de foudre, Jean-Charles et Alice s’installent ensemble à Redon chez les parents d’Alice.

Ils tentent leur chance à Paris où ils montent et présentent une pièce au Théâtre des Noctambules (Le Pain des hommes) écrite par Jean-Charles et montée par France Guy (le nom de théâtre d’Alice). Après leur mariage, le 22 avril 1941, ils retournent à Redon chez les parents d’Alice. L’ambiance est difficile, les parents d’Alice sont âgés (55-70 ans).

Jean-Charles va de Redon à Saint-Nazaire. En 1941, pour échapper au STO, son père le fait entrer à la raffinerie de Donge. Le 30 septembre 1941, naît Jean-Christophe, puis un an après Marie-Chantal.

Les parents de Jean-Charles rejoignent la famille : 8 personnes vivent ensemble avec des frictions fréquentes entre les grands-parents. 4 générations : les parents de Jean-Charles, les parents d’Alice, le couple, les bébés.

Une installation temporaire et inopportune à Donge leur fait subir les bombardements. Au terme d’une fuite périlleuse pour s’échapper de la poche de Saint-Nazaire, ils rejoignent sains et saufs Redon après de nombreuses péripéties.

Pendant toute la guerre, la préoccupation du couple est l’écriture et le théâtre. Alice prend le nom de théâtre France Guy. Quelques aventures rocambolesques et miraculeuses émailleront cette période. Il écrit des pièces de théâtre qui sont montées par France et qui seront représentées à Redon, à Nantes, à Paris. Il écrit aussi de très nombreux poèmes. Lorsqu’il s’éloigne de sa femme, de nombreux courriers sont échangés, souvent ceux de Jean-Charles sont versifiés. Quelques-uns sont publiés, tel L’Ouvrière d’amour sous le nom de Jean Noll pour lequel il reçoit le prix Ronsard en 1941. Quelques petits boulots complètent les ressources insuffisantes.

Après une fugue de Jean-Charles de 40 jours en 1943 pour écrire un roman, il assure sans dommage son retour au foyer familial en inventant une aventure rocambolesque. Ce mensonge lui permettra même de passer pour un résistant.

Alice et Jean-Charles louent une maison sur les hauteurs de Redon. Alice est souvent malade lorsque Jean-Charles s’absente, or il s’absente  souvent pour vendre des gravures, mais il écrit toujours.

1944-1945, c’est le début de la rédaction de L’Ethique qui sera publié dans les 4 numéros de la revue Prétexte en 1945 (revue qu’il fonde avec Daujé), et d’une série autobiographique (la vie de Désanges) dont le premier livre deviendra La Vie impossible et sera publié en 1946 chez Grasset.

Jean-Charles devient le rédacteur en chef du journal Le Pays Gallo (qui deviendra Le Patriote de l’Ouest) et fait des émissions à « Radio Bretagne ».

Le 5 août 1945 naissance de Michel.

Des petits écrits cette année-là sous des pseudonymes : Jean Noll, Jean Desrouelles, Mona Ockseoud, Jean Capé. Des Poèmes et des articles.

Le 25 décembre 1945, tentative de suicide dans la Vilaine, alors que Grasset vient d’accepter d’éditer La Vie impossible.

Ce ne sont pas tant les difficultés financières et les problèmes de couple, mais le mal-être, l’insatisfaction de son écriture qui le mènent vers une première tentative de suicide.

Premiers succès littéraires

C’est une période de succès littéraires avec une vie sociale vivante.

Des réunions littéraires lors des séjours à Paris : il fait partie du groupe de la Coquille (au café de Paris, place St-Sulpice) réunit Bazin, Youri, Boujut, Cathelin, etc. Il est ami de Guy Amineau, Paulhan..

De nombreuses publications émaillent cette période de 1946 à 1949. Il publie avec Bazin, Camus, Paulhan et Parain un numéro spécial sur La Liberté dans les Cahiers de Paris (n°46). Le 2ème volume de la série Désanges, L’Épreuve de Mammon est publié chez Grasset. Il reprend en la complétant une deuxième version de L’Ethique entre janvier et novembre ; cette version n’est pas publiée à ce jour.

Par ailleurs, les Editions Ariane publient La liberté de décembre qui reçoit le prix de la liberté et lui vaut de la part de son éditeur une rente mensuelle moyennant une production littéraire régulière.

En 1947, séjour en Cerdagne, puis en Algérie, avec Jean-Christophe ; retour en Cerdagne en février 1948 avec Marie-Chantal et enfin installation temporaire à Antony chez des amis.

Jean-Charles écrit aussi des pièces de théatre, comme La Dame d’Avignon qui sera jouée en 1949, de nombreux articles et nouvelles, qui seront publiées dans les Cahiers de Paris, la revue Caliban Quartier Latin, Horizons, etc..

Mais des ouvrages resteront inédits : le 3ème volume de Désanges, L’Homme de pitié, un recueil de textes sous le titre L’Éloge du mensonge, initialement intitulé D’un hiatus à l’issue.

C’est aussi des représentations dans plusieurs théâtres parisiens de pièces écrites par Jean-Charles et montées par France Guy : à la Huchette, au Vieux Colombier, au Théâtre Mouffetard.

Installation à Paris

En mai 1949, après un nouveau passage à Antony, les Pichon s’installent avec Hélène (la bonne) dans un appartement à Paris habité au début par une vieille tante d’Alice. Ils y resteront jusqu’en 1965.

À la suite d’un petit héritage, des travaux sont entrepris dans l’appartement fin 1949. Dès les travaux terminés, l’appartement sera fortement utilisé : chambre-bureau, salle à manger-salle d’assemblage pour le journal Le Citoyen du Monde, et salon-salle de répétitions théâtrales pour Les Compagnons de la Nef (La Dame d’Avignon, Le Héros sans armures). En effet, le père d’alice décède, ainsi que le 26 septembre 1949, le grand-père François ;

La faillite des Editions Ariane lui fait perdre son revenu régulier et le contraint à des boulots alimentaires.

Il sera correcteur, directeur commercial, représentant en livres, agent de publicité, gérant d’un commerce de vente de machines à tricoter ( ! ).

Il entreprend des écrits et finalise peu : un essai sur La Quatrième dimension (qui ne sera pas publié), un roman policier alimentaire Mortes en camping sous un pseudonyme (Jean Desrouelles), et treize sketches policiers pour la radio (qui ne lui seront jamais payés).

Cependant, il tente d’exprimer la dualité de l’homme en écrivant Une vie de Jésus, ainsi que sa propre dualité qu’il nomme Pigobert le démon et Jean-Baptiste l’ange. Ces personnages seront mis en scène dans Le Livre de la colère et Les anges ne jouent pas aux échecs, ouvragesqui seront ultérieurement repris avec Sam le fils du soleil, pour donner Sérum & Cie.

Cette dualité est également le fait de sa femme qu’il appelle France ou Alice selon qu’elle se montre autoritaire ou soumise.

À la fin 1949, il travaille avec Bugat et Davis et devient le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le Citoyen du Monde jusqu’en avril 1951. Il y rédigera également de nombreux articles dans les 40 numéros

Le couple rencontre beaucoup de gens, des écrivains comme Massat, Piguet, des critiques littéraires comme Etienne Lalou, Marcel Arland. Jean-Charles retrouve aux arènes de Lutèce Nadeau, Paulhan… France Guy donne plusieurs représentations de La Figue rouge et Le Héros sans armures (au Vieux colombier, au théâtre Mouffetard).

Il se cherche. Il entre en Franc-maçonnerie au Grand Orient fin 1949. Il est nommé compagnon le 31 octobre 1950 et il sera nommé maître 14 mois plus tard. Il s’inscrit également fin 1950 à la Sorbonne pour 2 mois. Il y rédigera un complément à la Nouvelle Ethique dont on ignore le contenu (seule une lettre au directeur des études à la Sorbonne) donne une idée de sa « philosophie » de l’époque.

En 1950, il publie à compte d’auteur sa vie de Jésus Ceci est mon corps, écrit Il faut que je tue M.  Rumann (qui recevra le prix Sainte-Beuve) et La Loutre qui sera édité en 1951 par Correâ.

Le théatre et le journalisme (1951-1952)

Le 22 février 1951, naissance du 4ème enfant. La bonne Hélène est partie pour se marier. Les bonnes vont se succéder.

En avril  France Guy s’associe avec Marval pour louer le Théâtre de Poche et crée sa propre compagnie : Compagnie France Guy . Elle monte Mort au comptant, pièce écrite par Jean-Charles et qui aura du succès.

Le 21 avril, nouvelle tentative de suicide. Plus que les soucis d’argent continuels, c’est le dégoût de lui-même, l’insatisfaction de ses écrits qui le conduit à cette deuxième tentative de suicide, par électrocution. N’est-ce pas également un acte gratuit ? (Gide meurt en février 1951). C’est peut-être aussi sa dualité telle qu’il l’exprime dans un texte de mai Lettre à Jean-Christophe.

Comme depuis 1950, malgré l’endettement, la famille passe chaque année 2 mois de vacances d’été, alternativement à la mer et à la montagne. Au retour des vacances passées à Quiberon en compagnie de la mère de France, Madame Leray, faute d’argent, la famille prend tous les jours ses repas au restaurant !

Puis, Jean-Charles continue Sérum & Cie, il entame Le Juge (qui sera publié l’année suivante), il écrit des nouvelles, des poèmes, des pièces de théâtre (Le Libérateur, Babel ou le triomphe de la vertu), il réécrit La Bassinoire, il monte un feuilleton radiophonique L’assassin n’a pas tué.

La vie du couple est tourmentée, le moral passe rapidement du beau fixe lors d’un succès à la pire détresse lors d’un échec ; Début 1952, le succès est pour France, le théâtre de Poche est devenu la scène parisienne d’avant-garde la plus en vue.  De nombreuses pièces ont été jouées depuis 1951, telles celles de Tchekhov, Ionesco, Meckert… Des acteurs actuellement connus y font leur début : Devos, Silvia Montfort, Sacha Pitoëff, Antoine Vitez.

En septembre 1952, Sérum & Cie est enfin publié par Corréa ; Jean-Charles considère que c’est le roman le mieux réussi.

Il écrit des articles pour plusieurs journaux : La Bataille, Les nouvelles littéraires, Combat…Son expérience journalistique et sa réputation d’écrivain et auteur de théâtre, le font entrer en octobre au Parisien Libéré en qualité de grand reporter. Il se spécialise dans les enquêtes criminelles et judiciaires.

Il estime que les 4 mois, de novembre 1952 à février 1953, sont les meilleurs de sa vie : bonne rémunération, des maîtresses, des succès professionnels.

Les échecs, les conflits, la maladie, la mort (1953-1954)

L’année 1953 est marquée par des échecs et des conflits dans le couple.

Echec du Théâtre de Poche et maladie de France.

La personnalité de France est très forte, très excessive dans ses colères ou ses joies. France Guy manque Beckett et fait jouer des pièces médiocres pour des motifs alimentaires. Le Plaisir des parents est joué avec un petit budget, Jean-Christophe, son fils, tient le rôle de l’enfant, la famille mangera le stock de pâtes du théâtre pendant 3 mois ! France retombe malade, part se reposer dans un sana près de St Gervais. Elle cesse ses activités au Théâtre de poche. Elle écrit. Mais il ne subsistera que le manuscrit incomplet d’un roman de 1953 On attend les vacances qui se situe dans un sana, ainsi qu’un poème de 1950.

Jean-Charles quitte le Parisien Libéré. Le journal lui impose des sujets qui ne l’intéressent pas (l’avenir de l’agriculture, le couple …). L’affaire Bombard l’entraîne à démissionner du Parisien Libéré (déni de la véracité de l’odyssée de Bombard).

C’est l’époque pour Jean-Charles des écrits acerbes, des critiques violentes et des disputes dans le couple : Conflits avec Bazin sur Vipère au poing, avec Julliard au sujet de Bonjour tristesse de Françoise Sagan.

Il reprend à son compte l’affaire Dominici, dont l’enquête sera publiée dans la revue Carrefour, mais les conclusions lui seront refusées. Elles ne pourront paraître que sous forme d’un « rêve » dans Les Lettres Nouvelles en mars 1955 : Le Devoir d’acquittement. Puis il entre au quotidien L’Information où il crée La page de Paris. Il commence les dialogues du film de Mocky Les Dragueurs (dont il invente le mot).

Jean-Charles est souvent absent, en reportage dans toute la France, pour les revues Carrefour et Lettres Françaises.

Néanmoins, il écrit Les Clés et la Prison qui sera par Stock en 1954 et obtiendra le prix de la Société des Gens de Lettres. Une nouvelle Tenace ami est réalisée selon un jeu d’écriture sera publiée dans Les Lettres Nouvelles.

Cette technique d’écriture consiste à utiliser des phrases extraites de différents ouvrages de différents auteurs. Ces phrases étant assemblées et recomposées pour obtenir une histoire cohérente et baroque.

En 1954, l’état conflictuel du couple est tel que France Guy désire éloigner les enfants.

À noël 1953, les aînés partent en vacances d’hiver en Autriche ! Puis, ils sont mis en pension, ainsi que Michel. Charlotte-Rita passe de mains en mains, chez Mme Tual ou les grand-parents. En mai, France vient se reposer à Redon (à la pension où se trouve sa fille aînée). À son retour à Paris, elle décide de se séparer de Jean-Charles et réunit le courrier échangé avec son mari et le confie à Madame Tual.

Entrée au sanatorium de Cambo (Pays Basque), elle y décède trois jours plus tard, le 5 octobre 1954. Aucune cause médicale n’a expliqué ce décès.

Jean-Charles avait eu la prémonition fin 1946 de cette mort et l’avait écrite dans Les Occidentales (une suite à La Liberté de décembre) qui n’a jamais été édité et qui a disparu.

Jean-Charles part à Nantes chez sa mère. Il y écrit en 22 jours Je ne veux pas mourir qui sera publié en 1955 par Stock sous le titre La Soif et la Mesure.

Fin 1954, Jean-Christophe et Michel quittent la pension de Bossuet à Noël, Marie-Chantal souhaite rester en pension à Redon. Elle ne rentrera à Paris qu’en mai 1955.

La conscience d’avoir une œuvre à accomplir (1955-1986)

En juin 1955, Madame Leray décède à Redon.

À Pâques, elle avait eu une attaque alors que les aînés étaient en vacances chez elle. Son décès surviendra deux mois après son hospitalisation.

Du 4 au 5 août 1955, il ressent physiquement la présence de France dans  l’appartement. Elle lui intime l’ordre d’accomplir son œuvre. Le 12 août, il entreprend la rédaction de L’Autobiographe qui sera publié l’année suivante par Grasset.

Durant les années 1955, 1956 et une partie de 1957, Jean-Charles a une vie très chargée, il travaille, a une vie sociale, s’occupe de sa famille et sort la nuit à Montparnasse. Beaucoup de femmes gravitent autour de Jean-Charles.

Il écrit L’Abondance du cœur qui paraîtra chez Stock et une série de nouvelles qui seront regroupées sous le nom Sept femmes de la nuit (dont une partie seulement a été publiée). Il rédige de nombreux articles pour Les lettres Nouvelles et il traduit le roman de Cecily Mackworth (sa maîtresse anglaise), Les Ombres vertes du printemps. D’autres romans sont écrits et publiés en collaboration : A corps et à cris, avec de Willy de Spens et Tambour battant, biographie de Robert Dalban (acteur), avec Noëlle Fougères (Noëlle Loriot).

En 1956, il écrit les dialogues du film La Tête contre les murs de Franju et Mocky.

Le début des grands ouvrages de l’histoire cyclique (1957-1965)

Courant 1957, il rencontre Geneviève qui vient assez vite s’installer boulevard St Marcel. Beaucoup de gens gravitent autour de Jean-Charles :  des intellectuels, des gens du cinéma.

On trouve à partir de cette date bd st Marcel, des gens du cinéma (Mocky, Franju, Oury), des chanteurs (Moustaki, Barbara), des écrivains (Françoise d’Eaubonne, Noelle Fougères, Christiane Rochefort, Bergier, Pauwels, etc. D’ailleurs il fait partie des intellectuels parisiens, il co-signe le Manifeste des 121 (le droit à l’insoumission à la guerre d’Algérie).

À partir de 1959, la famille du boulevard St Marcel s’agrandit avec les allées et venues de Jacques, le fils de Geneviève. Puis, après le décès de son père (le 15 décembre 1959) il souhaite reprendre Charlotte qui ne reste que le premier trimestre de 1960 à Paris. La mère de Jean-Charles la réclamant, Charlotte retourne à Nantes.

Jean-Charles travaille beaucoup. De nombreux livres paraissent pendant cette période.

Le Bien du prochain est publié sous le pseudo Pascal Pieta Ghitte (anagramme de pastiche et plagiat), ainsi que divers textes de science-fiction : chez Julliard, une nouvelle fantastique Les Rayures d’ombre (déjà ébauchée en 1954), L’Enfer bleu dans Les Lettres Nouvelles, et un  article sur la science-fiction Science-fiction ou Réalisme irrationnel (paru dans la revue Europe). Une étude Lutte et Jeux est publiée en 1959 chez Géralge. En 1961, paraît un roman Joseph Maldonna chez Calmann Levy.

Il réécrit  la pièce de théâtre La bassinoire commencée en 1941, rédige un article dans Arguments, Doit-on et peut-on avouer l’homme ? Il écrit aussi des pièces de théâtre, des articles et des poèmes qui à ce jour restent inédits.

En 1958, Il finalise les dialogues des Dragueurs commencés en 1954, et en assure l’adaptation. En 1960, il compose le scénario, réalise l’adaptation et rédige les dialogues et les paroles de la chanson du premier film de Gérard Oury La Main chaude. Un synopsis pour le film Les quinze cents ne verra jamais le jour.

Sa recherche ésotérique est initiée par son besoin de pousser en avant la thématique de la science-fiction. Dieu n’a pas de mémoire paraît en mars 1960 et Perfidies blues en 1961, puis il y aura La Machine en 1963 (Revue Fiction).

À partir de 1958, commencent les ouvrages de l’histoire cyclique. Ceux-ci auront du succès et seront réédités plusieurs fois et même traduits en espagnol, italien, croate…

Cette série débute par une étude historique Nostradamus et le secret des temps (en fait une vie de Nostradamus) qui paraît aux Productions de Paris en 1959.

Intéressé par l’enquête menée par Jean-Charles, Laffont lui demande un ouvrage sur Néron de même facture. Il lui paie un voyage à Rome où Jean-Charles découvre des écrits contradictoires et en visitant les monuments, y trouve des signes du pré-christianisme.

 L’ouvrage Saint Néron est publié en1962 et scellera 10 ans de collaboration et d’amitié entre Laffont et Jean-Charles. Suivent alors une série d’ouvrages : Le Temps du verseau en 1962 (après un séjour dans un centre de conférences et d’études à voyage à Cap d’Ail où il y rencontre Cocteau), Les Cycles du retour éternel en 1963, Les Témoins de l’Apocalypse en 1964, L’Homme et les Dieux en 1965, Le Dieu du futur en 1966.

Neuville dans la Nièvre (1966-1969)

Jean-Charles abandonne le vaste appartement de Paris qu’il laisse à Jean-Christophe pour une petite maison dans la campagne nivernaise. À partir d’octobre 1965, il s’installe à Neuville.

Jean-Christophe a déjà 2 enfants, il s’est marié en même temps que son père le 30 mai 1964, Marie-Chantal est mariée, elle est partie depuis mi-1963 et elle a un enfant. Michel fait son service militaire, Charlotte est à Nantes.

Il continue son œuvre sur l’histoire cyclique poursuivie avec Laffont : Celui qui naît (en 1967), L’Histoire universelle des sectes et sociétés secrètes  en 1969. Un contrat pour un essai Les Cycles de la révolte ne sera pas exécuté. Il reprend les 2 thèses sur Nostradamus et Néron pour enrichir ses 2 études historiques : Nostradamus en clair, qui est le décodage des Centuries grâce à la clé de l’histoire cyclique, paraît en 1970, Néron et le mystère des origines chrétiennes, une édition de Saint Néron complétée par une thèse ésotérique, paraît en 1971 (C’estun extrait spécifique de cet ouvrage Nero qui est choisi pour paraître dans l’Encyclopoedia Britannica en 1974).

Puis Jean-Charles se brouillera avec Laffont en 1971 sous le prétexte de dénoncer l’imposture du livre Papillon, mais aussi parce que Laffont n’avait pas désiré nommer Jean-Charles Directeur de sa collection Mystères, lui préférant l’auteur à succès Les Mystères de l’île de Pâques.

Outre son œuvre sur l’histoire cyclique, il écrit du fantastique. Jean-Charles décrira dans Borille (ouvrage fantastique qui paraîtra en 1966 chez Grasset) l’ambiance rurale au confort sommaire. Paraît aussi en 1966 chez Laffont une des 7 femmes de la nuit, May et le lion. Paraîtront également des nouvelles et chroniques : Un amour absorbant (Fiction 1967), Chroniques d’un extra-terrestre sous le pseudo de Ganymède dans le Miroir du Fantastique (n°1 à n°10 en 1968 et 1969), dans lequel son fils Michel y publie des dessins. Il ébauches également deux textes La méditation interrompue et Deux ailes couleur de nuit, qui préfigurent ce qui deviendra plus tard respectivement L’objet volant identifié en 1976 et le Rêveur rêvé en 1987.

En 1968, avant de quitter la Nièvre l’année suivante où il est contraint d’abandonner sa maison, il détruit dans un « autodafé » de nombreux textes sur lui ou de lui « afin de se consacrer à la quête des dieux ».

Nous ne savons quels titres ont pu être détruits. Il ne paraît pas qu’il y en ait beaucoup, parce qu’il est fait peu mention d’inédits dont on ne retrouve pas les manuscrits

En conséquence, les 3 ouvrages suivants seront publiés chez Payot et J’ai Lu : Histoire des mythes, 1971, les 3 volumes de La Vie des dieux en 1972 et Les Trente Années à venir en 1973.

Nantes (1969-1973)

En automne 1969, il quitte Neuville et s’installe dans la maison de sa mère à Nantes avec Geneviève. Il écrit beaucoup.

Il y a aménagé un logement au rez-de-chaussée. Mais après quatre années rurales, la campagne leur manque. Il saisit tous les moyens d’échapper à l’environnement nantais, par de nombreux séjours à Garons chez sa fille Marie-Chantal, à Paris ou à l’île de Ré, chez son fils Jean-Christophe et les 4 mois d’été en camping dans les Cévennes où il rencontrera Deligny et son expérience avec les autistes.

Ce retour lui suscite un ouvrage fantastique Le Retour à la ville qu’il finira en 1971 et ne sera édité qu’en 2004 par les Editions Edite (gérés par son fils Jean-Christophe). Le Jeu de Bès, une autre fiction ésotérique écrite en 1973, ne sera publiée qu’en 2001 par Edite. Il continue son histoire cyclique : L’Histoire des mythes, les 3 volumes de La Vie des dieux, qui paraîtront chez Payot en 1971 et  1972, Les Trente Années à venir, J’ai lu 1973. Un article Vie et mort des structures mythiques paraît dans la revue Liberté en 1973.

Jean-Charles éprouve le besoin de faire un point sur son histoire. Il ne tente plus de se suicider, mais il reste longtemps très perturbé comme lors de la rédaction de L’Autobiographe. Il écrit maintenant Un homme en creux pour s’assurer du sens de son œuvre imposé par France Guy. L’ouvrage paraît en 1973 chez Stock (le titre initial était Le cri articulé).

L’Estréchure dans le Gard (1974-1979)

À partir de l’été 1974, le couple s’installe à l’Estréchure dans une maison de Marie-Chantal.

C’est une maison de vacances, aménagée sommairement, mais le couple rejoint par Hélène, la sœur de Geneviève, désire cette installation. Les premières années, les enfants et petits-enfants les rejoignent l’été.

Il n’y a plus d’édition, plus de rentrée d’argent. Le dénuement devient total, surtout à partir de l’hiver 1977, après le départ d’Hélène qui s’est mariée en 1976 et quitte le couple.

Plusieurs textes sur le sado-masochisme sont écrits ; Ils constituent pour Jean-Charles un élément non négligeable du Verseau : La Lettre ouverte au vicieux (1973), La nouvelle éthique (systématique de la fessée (1975), Le Jeu et la Jouissance (mythologie pratique de la fessée (1975), réunion de textes écrits entre 1955 et 1975, initialement 7 femmes de la nuit (devenu 12). Tous ces textes, à l’exception de 3, L’Enfer bleu, May et le lion et La Terrasse du Dôme (paru en 1982), sont toujours inédits.

Il travaille sur une approche thématique de l’Etre : Le Jeu de la réalité et Deux douze et un, écrit en 1974 sont des préliminaires à une œuvre plus importante Le Petit Métaphysicien illustré.

Il écrit beaucoup. L’Humaine tragédie en 1975 deviendra en 1978 Le Fonctionnaire déplacé et ne sera édité qu’en 2001 par Edite ; L’Objet volant identifié, commencé sous le titre de La Méditation interrompue en 1967 et terminé en 1976, ne sera publié par Edite qu’en 2003. Un article de 1977, Les 5 040 chefs de l’idéale cité est toujours inédit, ainsi qu’une grosse nouvelle policière écrite en 1976, Une poule au foyer.

Jean-Charles est malade, il ne peut plus écrire et pense qu’il est en train de mourir. Il refuse de quitter l’Estréchure, malgré son dénuement. Il faut l’appel de détresse de sa mère de 84 ans pour le décider à retourner à Nantes.

Retour à Nantes (1979-1983)

Avant l’hiver 1979, le couple se réinstalle à Nantes. Le confort et  les conditions économiques s’améliorent. Fin 1980, Hélène qui a quitté son mari, rejoint en pleine détresse morale et physique, le couple à Nantes. En juillet 1981, la mère de Jean-Charles décède et leur laisse la pleine disposition de la maison. Cependant Geneviève ne rêve que de quitter Nantes.

Les amis viennent, notamment Jean Oyouz. Roselyne Pouzais et Marthe Pichon font connaître à Jean-Charles Jean-Paul Debenat et Lauric Guillaud qui resteront avec plus tard Pierre-Jean Debenat ses amis fidèles.

Il continue d’écrire bien sûr ! et est de nouveau édité. Les machines ébauchées dès la rédaction de L’Ethique deviennent progressivement une des préoccupations de Jean-Charles. Elles ne cesseront pas d’être recherchées et démontées dans le but d’établir sa propre machine.

La Genèse du Yi King paraît dans Les cahiers d’acupuncture en 1980. Cohérence édite plusieurs ouvrages de 1981 à 1984 : L’Islam dans le Coran en 1981, les 2 volumes du Jeu de la réalité (Les Précis ridicules et La Machine de l’éternité) en 1982, La Règle du jeu en 1983, La Kabbale dénouée, en 1984.

À partir de 1982, ses amis le font entrer à l’IUT de Nantes. Il donnera pendant 3 ans des cours un après-midi par semaine. Il participera également à de nombreuses conférences, colloques ou congrès où il se fera des amis comme Jean-Marie Lepeltier, Christian Lestienne, Alain Legoff, Lemelin, Mabit, Bouguenec, Herzog, etc…

Camby lui édite La Terrasse du Dôme en 1982. Un recueil de plusieurs textes extraits de diverses œuvres de Jean-Charles, accompagné d’une préface spécifique Permanence et diversité, constitue la brochure L’Établi de l’homme montée par Jean-Pierre Débenat en 1983.

Dès 1980, des entretiens enregistrés en vidéo ou en audio, principalement par Pierre-Jean viendront illustrer les inédits.

La Bouhonnais près de Blain (1983-1999)

Geneviève veut quitter Nantes. Jean-Charles vend la maison de Nantes et achète une petite maison dans la campagne près de Blain. Poulets, lapins à nouveau ! Hélène les suit. Elle mourra en 1990. Les amis sont toujours présents. Jean-Charles continue de participer à des séminaires.

Pendant cette période, hormis un ouvrage, des préfaces et des participations aux conférences, il n’y a plus de publications. Jean-Charles continue les cours à l’IUT jusqu’à ses 65 ans. La clôture de son activité se traduit par une Conférence publiée dans la revue Saros de février 1985. Désormais Jean-Charles et Geneviève perçoivent un revenu régulier sous la forme d’une toute petite retraite. Il ne cherche plus vraiment à se faire éditer.

Il écrit sans cesse et sa production est énorme, mais les seuls ouvrages édités pendant cette période sont  Les Commentaires aux Prophéties de Paracelse par les Éditions du Rocher en 1984, et Une grande machine littéraire dans les Cahiers du Cerf en 1990. Deux ouvrages fantastiques La Folie Merlin écrit en 1986 et Le Rêveur rêvé en 1987 ne seront édités par Edite qu’en 2000 le premier, en 2006 le second.

En 1987 Le Petit Métaphysicien illustré commencé à L’Estréchure en 1977 auquel il a ajouté un autre ouvrage L’Anthologie ontologique prend forme et devient un énorme ouvrage de 5 tomes qui continuera à s’enrichir jusqu’en 1991 par trois textes notables : 1. Une confection d’inventaire, 2. La Scolastique machinale, 3. Les Verdicts zodiacaux, 4. L’Objet Dieu, Les Cinq Poèmes et leurs Tables, 5. Le Précis ontologique (déjà rédigé en 1977).

Cet ensemble continuera à s’enrichir jusqu’en 1991 par 3 textes notables : Les Dialectiques factrices dans la quête du Graal et l’Alchimie (1989), Une grande machine littéraire (1989) (publié dans les Cahiers du Cerf en 1990) et L’Inventaire en 1991, mais aussi divers textes ésotériques, dont certains appartiennent au Procès ontologique (partie du Petit métaphysicien illustré et concis rédigé en 1977.

Il écrit encore Si la notion n’est pas maintenue en 1991, et en 1992 Les Chemins du vent, puis un recueil de poèmes ésotériques organisés suivant un code spécifique. Ce dernier prend le titre La Litanie des dieux morts et sera publié en 2000 par Edite. Des poèmes choisis (une traduction des poèmes de John Heath Stubbs) est commandé par l’IUT de Nantes en 1992. Une postface au Cauchemar de fer publié en Belgique (Recto-verso) en 1993 est intitulée La Prophétie dans l’histoire.

En 1990, Il écrit Reliefs, ouvrage comportant un récit autobiographique et un décryptage /démontage des machines de Poe, Heidegger, Hawthorne et Tchaïkowsky. Cet ouvrage est en cours de parution.

Régulièrement depuis quelques années, le couple passe une partie de l’année chez les enfants, en Camargue chez la fille cadette Charlotte, à  Limoges chez la fille aînée, à Paris ou à l’île de Ré chez Jean-Christophe. Lors d’un séjour en Camargue, Charlotte demande à Jean-Charles de lui écrire une pièce La Scandaleuse Élection qui sera jouée en Arles en 1995 par la Compagnie l’Entre-texte (Compagnie créé par Charlotte).

En 1994, il termine les 2 parties constituant Du nouveau chez les gémeaux : Le Déménagement zodiacal et Transports en tous genres. Puis en 1996, il écrit un conte, L’âne qui a vendu son maître, qui sera illustré par Viviane Maghé, ouvrages inédits à ce jour.

Les amis de Jean-Charles ainsi que des membres de la famille créent une association en janvier 1997 : Les Portes de Thélème, qui bien qu’en sommeil à partir de 2001, n’a pas été dissoute. Des textes de Jean-Charles sont édités dans les 5 numéros. Outre des textes du Rire du verseau, on y trouve  La prophétie de William Hope (Portes de Thélème n°2, octobre 1998) et des extraits d’ouvrages édités.

En 1996 il commence La Question et le Jeu, qui deviendra une partie de ce qui sera Le Rire du verseau. Plusieurs versions vont se succéder, comportant sans cesse de nouveaux textes agencés selon des structures différentes. Mais les documents connus fin 1999 sont les suivants : La Question et le Jeu, L’Altération, L’Île et la lettre, La Prophétie, Le Saut et le Pari (appelé d’abord Le Saut de mouton), La pénultième est morte (Portes de Thélème n°1, décembre 1997), Le Combat et la Pulsion (Portes de Thélème n°0, mai 1997), Le Train et le Vagabond en 1997, Un handicapé gare de Nantes, le 25 juin 1998 (Portes de Thélème n°4, mars 2000), La Préface au Verseau, janvier-mai 1998, Le Vocabulaire des images, en 1999, En conclusion : La Ribambelle, L’Énigme, le 13 juillet 1999.

Limoges (1999-2006)

À partir de 1998, le couple a eu peur de rester isolé ; Geneviève a été malade, également Jean-Charles. Ils ont pris la décision de vendre rapidement la maison de Neuville pour se rapprocher de la famille. Leur choix s’est porté sur Limoges, car Marie-Chantal était la plus disponible.

Cette nouvelle installation perturbe Jean-Charles. Sa vision se détériore, il marche de moins en moins, alors que depuis Neuville, il avait toujours eu besoin de sa promenade quotidienne de l’après-midi, pour l’exercice physique et mener à bien ses réflexions. Néanmoins, il poursuit toujours ses pensées nocturnes dès 4 heures du matin qu’il concrétise dès le lever dans l’écriture.

Il continuera d’écrire, jusqu’en 2004. Dès son arrivée à Limoges, il a commencé Un quinze à Limoges, qu’il termine en 4 mois. Puis il écrira Le Résumé général, puis d’autres textes qu’il insérera dans Le Rire du verseau : Des Annexes au résumé général, Le qu’en fera-t-on ?, Les Parques et les Gémeaux, Le Traitement et l’Entretien, Des sommes et des bases.

Mais est-ce Le Rire du verseau qui va continuer à s’enrichir de nouveaux textes : post-face, annexes …, ou bien, est-ce une nouvelle œuvre axée sur une quête de « la machine universelle » qu’il faudra bien inventorier à partir d’écrits ou d’entretiens.

Courant 2002, Geneviève est malade et s’affaiblit rapidement. Le 22 janvier 2003 Geneviève meurt.

Jean-Charles veut continuer à vivre seul dans son appartement, mais vient passer le week-end chez sa fille pour essayer de travailler ensemble à la finalisation de l’œuvre en cours (Le Rire du verseau ?). Ses amis viennent souvent. Ses derniers tapuscrits datent d’août 2004, avec beaucoup d’erreurs de frappe. À partir de l’automne, il ne peut plus écrire lisiblement, ni taper à la machine, il travaille un peu avec sa fille oralement, ainsi qu’avec son ami Pierre-Jean.Debenat qui vient le voir et travailler avec lui régulièrement.

Un site Jean-Charles Pichon est monté en 2003 par Pierre-Jean Débenat qui continuera régulièrement à l’alimenter. Les deux derniers enregistrements importants sont celui de juillet 2005, une conférence en fait sur Les Vocables, les Nombres et les Figures, et un entretien de mars 2006 avec Lauric Guillaud.

Le 16 juin, Jean-Charles n’a plus de forces, il s’installe définitivement chez sa fille et s’éteint doucement 5 jours après, le 21 juin 2006.

En guise de conclusion : la dernière quête de 1994 à 2006

Sa quête de la machine débutée avec le décryptage des Centuries de Nostradamus va devenir à partir de 1994 sa préoccupation.

Dès lors, Jean-Charles va s’appliquer à créer une machine universelle.  Il découvre chez des auteurs « phares » ou « cultes » une recherche constante d’élaboration d’une forme ou d’un système qui représenterait l’univers, c’est-à-dire une « machine », « Le grand verre » de Duchamp par exemple. Il y projette ses propres convictions et ses propres contradictions.

Dans le souci d’associer une théorie abstraite à une réalité concrète il tente de bâtir une œuvre dont le rôle principal ne serait pas seulement d’expliquer le principe élémentaire de fonctionnement de sa machine, mais qui serait la machine elle-même.

Pendant cette période, il écrit sans cesse, mais ce ne sont pas les textes eux-mêmes qui lui posent problème, mais plutôt leur agencement, un peu comme un architecte qui bâtirait une cathédrale sans savoir comment placer chaque élément pour construire un ensemble à la fois solide, cohérent et harmonieux, digne de dieu, car c’est bien ce que cherche Jean-Charles, l’espace pour accueillir le dieu à venir.

Quand on accompagne Jean-Charles dans sa recherche – car c’est bien d’un chercheur dont on parle – on découvre un univers qui utilise en permanence des contradictions volontaires, des volte-face obligatoires, des inversions nécessaires, ou, comme il le dit lui-même, l’on joue des vocables, des nombres et des figures. Alors pendant ces dix années, il joue avec ses textes de la même façon, les structurant sans cesse dans un ordre différent. C’est un travail harassant, sur lequel il s’épuisera jusqu’à cesser d’écrire, mais entré dans l’évidence, sa cathédrale a pris forme dans son esprit et il n’a plus qu’à la reconstruire avec ses pièces de lego personnelles.

Il nous laisse une œuvre dans laquelle se trouvent les principes et la manière de penser autrement, et que certains d’entre nous ont déjà opté et appliqué à leur propre vie.

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