Le Yijing, un livre vivant – Les nombres dans le cycle de 1 à 12
Olivier Chouteau et Julien Debenat – CR Berder 2024 n°21 à St-Jacut-de-la-Mer
Introduction de Julien Debenat
Durant ce week-end passionnant, il a été question de voyages (verticaux et horizontaux) et d’échanges entre des traditions symboliques différentes (celtes, arabes, américaines). Cela m’a donné envie d’introduire la conférence d’Olivier, sur la tradition chinoise, en vous montrant cette photo. Ce n’est pas un article trouvé dans une boutique de souvenirs à Lorient ou Paimpol. Il s’agit d’un objet chinois, visible au musée de Jinsha, à Chengdu (province du Sichuan). Ce disque en or fait partie de découvertes, relativement récentes, d’une multitude d’artefacts (dont beaucoup de masques en bronze) d’une civilisation mystérieuse, la civilisation de Shu, vieille de plus de 4 000 ans. J’ai vu un autre triskel chinois au musée de San Xin Dui, un autre site de fouilles de cette même civilisation de Shu, situé à environ 40 kilomètres de Chengdu.
Sur une branche d’un arbre en bronze de quatre mètres de haut, on voit un oiseau dont la queue se termine par une sorte de main, laquelle comporte un triskel gravé dans la paume. Imaginez ma surprise lorsque je suis tombé sur ces symboles du triskel, identiques à celui du pendentif qui appartenait à ma grand-mère maternelle et que je porte autour du cou. J’ai écrit un petit article[1] en 2007 sur un blog internet, dans lequel je me demandais comment ce symbole peut se trouver à des endroits aussi éloignéJe vous raconte ceci pour tisser un lien entre ce qui a été dit dans les interventions précédentes sur le symbolisme celtique, et la conférence qu’Olivier s’apprête à faire sur le symbolisme des nombres, dans sa vision très imprégnée de la pensée chinoise ancienne.
Olivier est professeur de Qigong[2] et de Wushu[3]. Sa pratique est étroitement liée à sa connaissance des textes chinois anciens (particulièrement le Daodejing et le Yijing), à tel point que son enseignement est un véritable cours de philosophie. Ma rencontre avec Olivier, en 1995, a eu lieu par l’intermédiaire d’un autre ami, Xavier Garnier. Xavier et moi étions, à l’époque, étudiants en philosophie occidentale à l’université de Nantes. L’enseignement d’Olivier a été pour nous un choc qui a transformé nos destins (j’ai vécu en Chine pendant dix ans, et Xavier y vit actuellement).

Voici comment Olivier décrit lui-même son travail :
« Ma pratique se décline dans les cinq essences (eau, bois, feu, terre, métal) à la fois dans les mouvements de bien-être et dans le self-défense. Dans ma pratique de bien-être, je distingue ce qui agit à l’intérieur pour retrouver son dynamisme, se recentrer ou se purifier, de ce qui facilite les rapports avec l’extérieur (disponibilité généreuse, bienveillance, facilitation d’une prise de décision). Ma pratique de la boxe est très liée aux textes chinois anciens : c’est une recherche concrète de l’énergie interne qui, manifestée, doit permettre de faire face à toute adversité, ce qui va plus loin que se défendre lors d’une bagarre de rue. En résumé : ma pratique vise à renforcer l’interne et à protéger l’externe. »
Olivier, Xavier et moi venons finir de co-écrire un livre[4] qui raconte l’aventure que fut pour nous l’enseignement d’Olivier, qui a généré une amitié et un vécu commun dans la Chine contemporaine, c’est-à-dire dans la Chine des années 2000 jusqu’à maintenant. Notre livre témoigne du fait que des pratiques et des textes traditionnels chinois sont toujours vivants et ont des effets concrets sur des personnes encore aujourd’hui. Le Yijing est présent dans la structure même de notre ouvrage, dont chacun des douze chapitres s’ouvre sur un des soixante-quatre hexagrammes.
J’aimerais citer enfin George Charles, le professeur d’Olivier, qui aime rappeler à ses élèves l’adage suivant : « ce que je dis vient de quelque part et sert à quelque chose ».
Conférence d’Olivier Chouteau
Le cycle de douze, appelé le cycle duodécimal, est un ensemble de symboles-archétypes qui permettent la réflexion. Mon professeur, Georges, dit souvent que « les symboles sont pour l’esprit ce que les outils sont pour la main ». Je vous donne rapidement toute la série, en indiquant à quoi chacun peut servir :
- 1 est conçu comme ayant le potentiel de définir ;
- 2 est conçu comme ayant le potentiel d’expliquer (tout le monde connaît le symbole Yin-Yang) ;
- le symbole 3, c’est la matière, le mouvement, l’esprit ( ce qui donne la possibilité de classer selon ces trois dimensions) ;
- 4, c’est devant, derrière, à droite, à gauche, autrement dit nord, sud, est, ouest : la possibilité d’orienter ;
- 5, c’est l’orientation mais qui possède un centre, c’est le début de la vie (les choses commencent à se manifester à partir de 5) ;
- 6, c’est la procréation, l’image de deux triangles qui s’interpénètrent ;
- 7, c’est la connaissance ;
- 8, ce sont les directions dans l’espace (nord, sud, est, ouest, nord-est, nord-ouest, sud-est, sud-ouest) ;
- 9, c’est le guide, celui qui est capable d’emmener sa tribu au bon endroit et au bon moment ;
- 10, c’est le retour à l’unité ;
- 11, c’est la grande unité face à la petite unité, ou le contraire, le microcosme face au macrocosme ;
- 12, c’est le retour à l’origine.
…….
[1] « La route du triskel », Julien Debenat, 2007, disponible sur le site internet de l’AFI (https://www.afi.ouvaton.org/spip.php?article97).
[2] Exercices de santé chinois.
[3] Arts martiaux, ou techniques de combat chinois.
[4] Le titre du livre est Chemin faisant, entre Yijing et Wushu, parution imminente.
Pour lire la suite se reporter au recueil des textes dont sont issues les conférences de Berder – Rencontres de Berder 2024 n°21
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