Carnaval ou le temps à l’envers de Georges Bertin

Georges Bertin – Berder 2018

Carnaval ou le temps à l’envers

La question de Carnaval éclaire de façon particulière celle de l’imaginaire du temps, en effet, est-il une période dans l’année plus propice aux retrouvailles avec l’imaginaire ?

Les divers sens de Carnaval, le font osciller entre l’étymologie carnis levanem : plaisir de la chair, et la place qu’il occupe depuis les Celtes dans le calendrier, dans sa fonction suspensive, d’une part, et célébratoire de l’autre, d’une nouvelle mise en ordre du temps (Recteur Paul Verdier, conférence à Bagnoles de l’orne, juin 1986.).

Dans le calendrier usuel depuis le Moyen Âge, la période de Carnaval est celle des jours fastes, ceux auxquels les échanges de toute nature sont autorisés (commerciaux, sexuels, et avec l’au-delà), période d’excès et d’orgie, de dépense luxueuse et incontrôlée, de retour au chaos des origines, de foire, d’accueil des étrangers et de réception des jeunes initiés dans la communauté des hommes, de retour des troupeaux dans les civilisations agropastorales, alors que les jours néfastes sont ceux de la parcimonie, du labeur acharné et ordonné, de la rigueur, des interdits et de la quotidienneté.

Par ailleurs, il est pour nous évident que le cycle de Carnaval entretient un rapport étroit avec celui de la fête de Pâques qui le détermine, en effet Carnaval, (mardi gras, Carême entrant, Carmentrant, carême-prenant, mardi de carniprivium), le premier jour de carême est fonction de la date de cette fête (40 jours avant), Pâques étant elle-même fonction de la date de la première lune de printemps (1er dimanche la suivant), d’où, carnaval peut être célébré soit vers les 2 et 3 février (clé antérieure) soit vers les 9 et 10 mars (clé postérieure).

Ceci nous est rapporté par les traditions populaires ; ainsi Claude Gaignebet attire notre attention sur le fait que Rabelais (qui puise ses sources dans le folklore de son temps) fait naître Gargantua un 3 février « à l’ascension d’une boursouflure de tripes de bœufs gras abattues pour avoir au printemps chair salée ». On voit ici poindre la référence de la fonction du Carême qui suit en réaction à une quarantaine grasse populaire (jours fastes), le Carême étant la période des interdits (jours néfastes).

On retrouve une même alternance en Inde, dans les Upanishads, qui mettent en présence l’alternance des Carêmes et des Carnavals.

Claude Gaignebet souligne également que le 2 février est la date de déshibernation de l’ours (de l’Irlande à la Corée) qui se libère là d’un bouchon anal en mangeant de l’arum (encore appelé vit de prêtre). Il rapproche cela de la retraite de jeune oursonne menstruée des jeunes athéniennes qui faisaient appel au safran du crocus pour se libérer. Les effets hilarants de ces plantes s’accompagnaient d’un relâchement des sphincters.

De cet aspect fonctionnel lié au vent, on passe aux vertus psychopompes des jours de carnaval (jours ou les âmes comme les vents s’envolent), dont témoigne le fou qui s’amuse à la fermeture/ouverture des valves ou encore les soufflaculs présents par exemple dans les carnavals de Franche-Comté et les feux de carnaval qui emportent les âmes des morts.

… Voir la suite dans Compte-Rendu de Berder 2018

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